lundi 30 mai 2011
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J'ai décidé de vous parler de ce grave et vaste sujet qui nous concerne tous : la liberté d'expression sur Internet. Grave, puisque, si l'on réfléchit, Internet est devenu le plus important support de la liberté d'expression et de communication.

Pourquoi j'ai décidé de vous en parler, à vous : internaute lambda ? Pour vous informer :
Il incombe à nous, les utilisateurs avertis, d'instruire les débutants sur les choses importantes en informatique. Ce sujet en fait partie, je le crois.
Bien que mon article ait peu de chance d'être beaucoup vu, je tente le coup quand-même.

Internet, c'est le mal

On accuse souvent Internet lors de faits divers dramatiques médiatisés, qui touchent au Web. On l'accuse d'être un pot de virus, une passoire, un repère voyous, etc... En faisant une généralité d'un cas particulier (comme d'habitude).

Or, Internet est un média neutre en soi. C'est son utilisation qui en fait une chose mauvaise ou non.
Internet est-il donc majoritairement mal utilisé ?
Cela reviendrait à dire "Les gens sont-ils majoritairement mauvais ?" car c'est un espace démocratique : tout le monde l'utilise.

En fait, non, internet est majoritairement bien utilisé :
D'abord, ce n'est pas une zone de non-droit : il faut savoir qu'une partie non négligeable des règles législatives dans chaque pays y touche, (par extension ou par ajout).
En dehors de cela, c'est la loi du nombre : la majorité impose ses règles à la minorité. Aussi, vu que cette majorité d'internaute possède un minimum de moralité, et qu'elle est soumise à une législation qui protège l'individu, on peut penser et même constater qu'Internet s'auto-régule.

Ainsi, Internet est contrôlé par tous ! Et c'est de cette démocratisation anarchique qu'en découle une liberté d'expression et de communication fort précieuse, qu'il nous faut garder à tout prix !!! La toile est le premier réseau mondial, neutre, démocratique, incontrôlable ... bref "libre" ! qui existe.

La bataille silencieuse

Vous, citoyen lambda, ignorez presque tout de la bataille mondiale (!) qui, ces dernières années, fait rage pour la sauvegarde des libertés sur le Net.
Normal, puisqu'aucune chaîne de télévision, radio, journal officiel important ne vous en a parlé (si je vous dit DAVSI, ou ACTA ?...).

Pourtant, depuis dix ans, voire plus, sont entreprises des mesures juridiques politiques et lobyistes qui vont à l'encontre des libertés individuelles de l'internaute.

Pourquoi ? Benoit Sibaud (Président de l’April) l'explique très bien dans le livre La Bataille Hadopi :
Le mouvement prônant l’accès universel à la connaissance et aux œuvres artistiques, [...] se heurte à une offensive juridico-politique de grande envergure, aux méthodes fondées sur la surveillance généralisée de l’usage privé des œuvres et du contenu des ordinateurs personnels.
Les logiciels libres, ces logiciels offrant la liberté pour tous les utilisateurs de les exécuter, copier, distribuer, étudier, modifier et améliorer, ne sont pas seulement une question de licence ou de technique.
Derrière ces biens communs, il existe en effet une philosophie d’opposition à l’appropriation exclusive des savoirs. Tout comme l’humain n’est pas défini par le droit ou par l’économie, ces derniers ne peuvent qu’être des compromis acceptés par les Hommes. Les batailles en cours dans le domaine de l’immatériel illustrent bien ces tentatives de prise de contrôle et de monopole autour de la connaissance.

Volonté "de contrôle et de monopole de la connaissance", donc ?... Ou volonté de contrôle tout court ?

Interdire sur Internet

Comment le pouvoir judiciaire de chaque pays peut-il avoir emprise sur Internet ? Impossible : Internet est anarchique et planétaire ! De plus, en constante évolution...

La recherche d'un contrôle d'Internet revient à "une course à l’échalote. Plus le système de surveillance va être développé, plus les utilisateurs d’Internet auront intérêt à utiliser les nouveaux outils et protocoles qui lui permettront d’être sécurisé contre cet intrus. Et plus il sera nécessaire d’investir plus d’argent public pour « casser » ces protections et cette sécurité afin de surveiller à nouveaux les internautes." (La Bataille Hadopi.)

Exemple : en chine, l'état censure le contenu des sites Web du pays, ainsi que l'accès à ceux de l'extérieur. Mais ces restrictions sont facilement contournables.

Le pouvoir judiciaire ne s'exerce donc pas sur le Net ! Il s'exerce à l'intérieur des frontière de chaque pays. Si l'on échappe aux frontières, on échappe à la loi.
Les pouvoirs politiques l'ont bien compris et ils tentent par ce moyen de coincer l'internaute par des lois liberticides et menaçantes.

Si tout ça c'était des salades ?

On aimerait bien rigoler de tout ça. De se moquer d'un tel discours, le taxant "d'anti-complotiste". Dire que tout ça c'est des bobards de paranos pour brasseurs de salades...

Sauf que c'est malheureusement vrai et une réelle menace !

En France, on a l'Hadopi, qui va à l'encontre de la présomption d'innocence. Mais aussi LOPPSI (cf. la fin du billet). Et un projet de loi sur l'affichage de l'identité des blogueurs anonymes...

Ce sont des mesures politiques et lobyistes qui vont à l'encontre des libertés individuelles.

Le vrai problème c'est que les politiques ont peur d'Internet, en tant que média incontrôlé d'échange international !

Pourquoi ? Je me le demande ! Dans un état démocratique, il n'y a pas raison d'avoir peur d'un réseau d'échange démocratique... Verserait-on dans le totalitarisme ?

Les pirates sont dans le bon camp

Aussi incroyable que cela puisse paraître, il existe un parti politique appelé le Parti Pirate !
En fait, ce parti ne défend pas la piraterie, mais bien les libertés du Net et la lutte contre l'industrialisation de la culture.

Citons aussi les Anonymous : communauté anarchique d'internautes totalement anonymes, défendant la liberté et l'anonymat sur le Web. Regroupant parmi eux internautes avertis, hackers et pirates, les anonymous diffusent leurs idées et organisent des attaques en masse contre des ennemis de leur cause... Toujours sur Internet.

Question grave : l'anonymat des blogueurs


En dehors du fait que cela me concerne, pourquoi attacher grande importance à cette question de l'anonymat des blogueurs ?

Clairement, parce que c'est une question fondamentale de liberté d'expression :
Le blog est une forme de journal numérique démocratisé et interactif. Il est la première source d'expression publique démocratique sur Internet.
Et si le blogueur n'est plus anonyme, il devient vulnérable à toute pression (attaques en justice, représailles, etc.).
Si le blogueur reste anonyme, il reste hors de porté de ces menaces. Dans un contexte totalitaire, cette liberté empêche la censure, arme redoutable.

Des exemples récents ont illustrés ce point lors des récents conflits nord-africains : Tunisie, Égypte...

Si vous suivez l'actualité numérique, côté législatif, vous avez sûrement entendu parler de la proposition de loi sur la levée de l'anonymat des blogueurs, de la loi LOPPSI (version 1 et version 2)...
Mais l'internaute lambda n'est pas passionné par ce genre de sujet...

Rappels :

Depuis 2004 (21 juin), la loi pour la LCEN oblige les blogueurs de transmettre leurs coordonnées personnelles à l'hébergeur du blog (ici, Blogspot). Mais aussi de "tenir à la disposition du public" les éléments d'identification de cet hébergeur.

Malgré tout, cette loi n'est (heureusement) pas appliquée correctement, puisque, l'on peut souvent (comme j'ai pu le faire,) fournir des coordonnées fausses, ou n'en transmettre qu'une partie.

Le Sénat, proposait donc d'assimiler l'éditeur non professionnel (l'auteur du blog) au directeur de la publication (hébergeur du contenu), afin d'avoir un responsable juridique.

En gros, puisqu'il faut un responsable/bouc émissaire, et que le blogueur est anonyme, on a qu'à attaquer l'hébergeur (ici Blogger) pour "ne pas avoir su maitriser le contenu de son/ses sites". Chose proprement infaisable, à moins d'employer une main d’œuvre considérable, puisque cela reviendrait à modérer (donc à lire ainsi qu'à censurer éventuellement) tous les billets de la plateforme de blogging.
A ce train là, aucune de ces plateformes ne serait gratuite, et adieu la liberté d'expression.

C'est carrément mettre le blogging dans le même sac que la presse "papier". Or, c'est loin d'être la même chose !!! L'internaute n'est pas journaliste, le blog n'est pas un journal papier, ni une maison de presse...

Depuis ...

En mai 2010, une proposition de loi avait été déposée, visant à obliger les blogueurs à dévoiler leur identité.
Proposition de loi qui n'a pas encore aboutie.

Mais depuis janvier 2011 :
Le ministre de la justice, à l'occasion d'une réponse ministérielle (publiée le 20/01), à précisé que, pour obtenir l'identité d'un blogueur anonyme, les plaignants devront recourir à la justice.

Cela remet en cause la directive de la loi pour la LCEN sus-citée : l'hébergeur ne sera pas tenu comme responsable de ne pas fournir l'identité de l'auteur d'un de ses blogs. Ce sera à la justice de la chercher.

Bref ! Pas grand-chose d'important. Car cela ne change en rien au sujet des menaces envers l'anonymat et la liberté d'expression sur Internet...

Par contre, la loi LOPPSI 2 (c'est quoi ?) à été adoptée le 8 février. Celle-ci autorise entre autres :
  • La police à utiliser des logiciels mouchards,
  • La censure du Net via un cheval de Troie,
  • Le blocage de l'accès à n’importe quel site internet,
  • La mise des sites bloqués dans une liste noire qu’aucun organisme de contrôle ne pourra consulter,
  • Tout cela sans avoir besoin de l’accord d’un juge.

Bref ! Une entrave de taille à la liberté du Net.

Mot de la fin

Alors quoi faire ?...
Lutter dans le sens inverse de ces mauvaises tendances : sauvegarder l'anonymat sur le web. Informer les gens sur ces réelles menaces.

Le site La Quadrature du Net est une référence en la matière.

Voilà ! J'espère que ce billet vous aura passionné (bigre ! je crois que je tiens mon record de longueur sur ce blog). Bon surf, et vive la liberté des internautes !

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